Le Temps des grâces - il est grand temps de se réconcilier avec la Nature

Je vous invite à visionner cet excellent documentaire sur l'agriculture française et l'état de nos terres

Le Monde lui a consacré également un très bel article:Le Temps des grâces: l’agriculture industrialisée, le progrès sans contrôle.

Il en ressort que la plupart de nos sols sont épuisés, faute d’une agriculture trop intensive et mal gérée.
Mais fort heureusement tout n'est pas perdu, puisque selon les spécialistes interviewés, il est possible de refertiliser les sols en quinze ans, à condition de nous mobiliser.

Malheureusement, «l’esthétique d’ordre» affectionnée par certains paysans correspond souvent à des sols morts. Car s'il est un maître mot en agriculture intensive, c'est le rendement qui implique de produire toujours plus, tout en réduisant les coûts en temps et en hommes. Les méthodes utilisées reposent sur la "rationalisation": des cultures par le remembrement détruisant la structure bocagère du territoire, le sol n'étant plus considéré comme une entité vivante mais comme un simple support; des élevages hors sol qui offrent à nos animaux un univers concentrationnaire. Il s'agit de s'affranchir le plus possible de la nature, jusqu'à modifier son essence même à l'aide de manipulations génétiques qui aboutissent aux OGM.
Pour ce faire, on a recours massivement à la chimie de synthèse et aux procédés industriels. La croissance des plantes est activée par les engrais NPK: en France, 15 millions de tonnes sont déversés pa an, en moyenne, sur 30 millions d'hectares cultivés, soit 500 kg/ha, alors que quelques dizaines suffisent; s'y ajoutent, dans les régions d'élevage intensif, les engrais organiques de lisiers que l'on ne sait comment éliminer, leur volume excédant les capacités des champs d'épandage.
L'alimentation est standardisée, certes "équilibrée" par maintes complémentations, mais celles-ci sont artificielles, car non conformes à la physiologie des espèces. Espèces qui sont d'ailleurs toutes soumises au même régime, poissons de piscicultures compris. Le summum de l'aberration ayant été atteint avec l'incorporation de ces funestes farines carnées: bien que ne représentant, avant leur interdiction, en novembre 1999, que de 2 à 5% des aliments reconstitués, elles formaient, chaque année, des stocks de 870 000 tonnes à entreposer.
Le rendement fragilise les espèces, qui deviennent dépendantes de traitements chimiques, tels des malades devant leur survie aux médicaments: des produits phytosanitaires, surtout herbicides et insecticides, pour les plantes - la France est le deuxième utilisateur mondial de pesticides, avec plus de 100 000 tonnes par an; des antibiotiques à usage vétérinaire, employés dans un but thérapeutique curatif et préventif, mais aussi en tant qu'"additifs alimentaires", activateurs de la croissance des animaux. Le poids commercialisable est atteint plus rapidement et en nourrissant moins, et nombre d'éleveurs reconnaissent que leur marge bénéficiaire est due à ces additifs antibiotiques : 10 000 tonnes d'antibiotiques ont été utilisés en 1997 dans l'Union européenne, 52% par la médecine et 48% par l'agriculture, dont 15% au titre d'additifs.

Il s'agit là de quelques données parmi les plus représentatives du productivisme agricole. Celui-ci opère au détriment de la biodiversité, qui se réduit comme peau de chagrin. La variété des approvisionnements, facilitée par les échanges mondiaux, ne doit pas faire illusion: en un siècle, 75% des espèces comestibles ont disparu, et s'il est donné de voir une dizaine de variétés de légumes sur les étals d'un marché, c'est bien le maximum...
La pomme a vu en 100 ans ses variétés passer de plus de 500 à une demi-douzaine...On pourrait hélas multiplier les exemples, y compris dans le règne animal, dont les espèces régionales, variées, rustiques et robustes on disparu.
Or selon l'avis du professeur Jean Dausset, généticien, prix Nobel de médecine: "Evolution et survie dépendent de la diversité des espèces, indispensable à la faculté d'adaptation. L'unification est très dangereuse".

Qui plus est, ces procédés de l'agriculture intensive ne font pas l'objet d'une formation de l'agriculteur qui soit indépendante des structures commerciales, ni d'un contrôle, lorsque des produits à risques sont utilisés, notamment les pesticides. Si produire plus pour assurer l'approvisionnement des populations se justifiait après la guerre - cela expliquait que beaucoup d'agriculteurs ont cru répondre à une véritable mission - ce sont les stocks et la manière de les obtenir qui, depuis des décennies, créent la plupart des problèmes graves, à la fois sanitaires et socio-économiques.

Source: Manger bio, de Lylian Le Goff, impliqué depuis de nombreuses années dans la prévention alimentaire, la préservation de l'environnement et la promotion de l'agriculture biologique. Auteur de Nourrir la vie, il est membre de la mission "biotechnologies" de France Nature Environnement et de la Conférence régionale de santé de Bretagne.

C'est pourquoi il est fortement recommandé de manger bio, pour notre santé, mais également pour soutenir cette agriculture, qui est la meilleure alternative à long terme, pour la planète et nous-mêmes.

Or sans la mobilisation des consommateurs (nous-mêmes!), les agriculteurs ont bien peu de poids pour réintégrer les notions de qualité et de valeurs sur un marché où la loi du nombre (ou du low cost) règne aveuglément en maître. Or «la loi du nombre» est tout à fait artificielle et meurtrière: il vaut mieux manger peu et bien que beaucoup et mal (cf. notre article sur comment s'offrir régulièrement du bio ?).

Le Temps des grâces - il est grand temps de se réconcilier avec la Nature

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